Harouna Dicko du RPN: «Le Conseil constitutionnel est un bureau politique du CNT» PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Vendredi, 04 Septembre 2015 08:34

S’il y a bien un politicien que les acteurs de la CENI et du Conseil constitutionnel redoutent, c’est assurément celui-là. Ce n’est pourtant pas de par l’envergure de son parti, le RPN (Rassemblement politique nouveau). Seulement parce qu’Harouna Dicko, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a l’art de trouver le petit grain de sable juridique à même d’enrayer le fonctionnement des roues électorales. En 2006, pendant les préparatifs des municipales, il a en effet eu son heure de célébrité pour avoir provoqué le report de ce scrutin en attaquant la configuration de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Depuis lors, constitutionnalistes et acteurs politiques froncent les sourcils afin de bien appréhender les propos de cet «empêcheur de légiférer rond». A la prochaine présidentielle, Harouna Dicko avait déposé sa candidature, rejetée comme il fallait s’y attendre,  parce que n’y figurait pas le reçu de paiement de la caution de 25 millions de FCFA. Enième bravade de celui qui avait joué à ce même jeu lors de celle de 2010 ? Pour en savoir plus, nous l’avons rencontré à son domicile de la Patte d’oie, en cet après-midi très pluvieux du 1er septembre 2015, à travers une interview au cours de laquelle le ton montait souvent.

 

 

Peut-on avoir une idée de votre parcours, aussi bien professionnel que syndical ?

Vous voulez que je vous parle encore de ça ? Vous voulez qu’on revienne en arrière ? On en avait parlé en 2005 non ?

 

C’est juste des rappels pour rafraîchir la mémoire à ceux qui auraient oublié

J’étais ouvrier professionnel à Faso Fani et ancien syndicaliste ; une activité que j’ai quittée depuis 1999 pour entrer en politique en 2005.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser la politique ?

Ce sont les activités syndicales que je menais à l’époque qui m’ont mis le pied à l’étrier. Pendant que j’étais dans le syndicat, je me suis rendu compte que beaucoup de mes camarades faisaient la politique et, ne pouvant faire deux choses à la fois, j’ai abandonné le syndicalisme pour embrasser la politique.

 

Vous avez créé le RPN, et d’aucuns pensent que ce parti se réduit à votre propre personne...

Vous relayez une information ou vous-même pensez ainsi ?

 

Nous relayons une certaine opinion, qui a peut-être tort.

Personne n’est jusque-là venu me dire cela. Je ne peux donc répondre à cette assertion.

 

Peut-on avoir une idée du bilan de vos différentes participations aux précédentes élections dans notre pays ?

Vous n’étiez pas à notre dernier congrès ? Suspendez, je vais vous remettre le bilan (Ndlr. il se dirige vers une table et revient avec un document relié qu’il nous remet en guise de réponse.)

 

Sous réserve d’une lecture minutieuse de votre document, pouvez-vous néanmoins nous parler de votre base électorale ?

Nous sommes représentés à Ouaga, Bobo, Koudougou et Manga. Nous avons des cellules dans ces villes. Chez nous, ce n’est pas une course de vitesse. Ça fait dix ans que nous sommes sur le terrain. Nous avons fait notre congrès en juillet dernier. Il y a plus de cent partis dans notre pays, et je pense que parmi ces regroupements, le RPN compte ; même s’il n’a eu ni député ni conseiller.

 

Pourquoi jamais de conseillers ni de députés? Parce que vous n’êtes pas pressé et que les autres le sont ?

Les autres sont là uniquement pour chercher à être conseillers ou députés. Nous, nous sommes venus en politique pour un objectif : l’assainir.

 

Ne dit-on pas que faire de la politique, c’est gérer la cité ? Alors, comment pouvez-vous atteindre vos objectifs si les mandats politiques ne vous intéressent pas ?

Ce sont ces genres d’idées qui galvaudent la politique. Dans la politique, il y a la science et l’art de gérer.

 

Mais il y a les politologues qui sont là pour la science politique. Ils sont faits pour ça !

Vous voulez un débat ? Si vous êtes prêt, il n’y a pas de problème ! Qu’est-ce que vous appelez politicien ou politologue ?

Je vous dis que la politique c’est la science et l’art. Le politicien, il fait de la science, il fait des recherches. C’est la connaissance et la manière de faire. Et c’est ce qui fait la différence entre le politicien et le politologue. C’est pour cela que je vous dis que vous nous ramenez en arrière.

Je vous dis que ce qui nous préoccupe, c’est de voir comment ce pays est géré, tout en cherchant à conquérir le pouvoir. Et je vous répète que nous ne sommes pas pressés. Ce que le RPN a fait, sans avoir de député ou de conseiller, il y a des partis qui sont créés il y a longtemps, qui ont plus de moyens et qui ont des députés, mais qui n’ont pas pu faire cela.

 

Est-ce à dire que vous ne battez pas campagne ou que les populations n’adhèrent pas à votre idéologie ?

Ça, c’est vous qui le dites. Je sais que nous sommes en train de battre campagne et c’est à vous de quantifier et de mesurer l’adhésion à notre parti.

 

Vous avez déposé votre candidature à la présidentielle cette année ; mais il se trouve que vous êtes recalé pour dossier incomplet, notamment pour défaut de paiement de la caution. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire tout en sachant que la caution est obligatoire ?

Nous avons déposé une candidature parce que nous sommes éligibles et remplissons toutes les conditions légales et constitutionnelles. Dans la loi, il y a des dispositions inconstitutionnelles qui tendent à nous l’empêcher. Mais pour pouvoir les dénoncer, il faut être candidat. C’est pourquoi nous avons déposé notre candidature. C’est ce que nous avions fait en 2010, et le Conseil constitutionnel nous avait dit à l’époque que l’exception d’inconstitutionnalité n’est  pas inscrite dans la Constitution.

 

N’est-ce pas du juridisme, tout cela ? Le fait est que les autres ont déposé la caution, mais vous, vous ne l’avez pas fait.

Le RPN n’est pas les autres… Le RPN n’est pas les autres.

 

En déposant un dossier incomplet, pouvez-vous empêcher de penser que vous êtes un plaisantin, sachant surtout que vous ne remplissez pas toutes les conditions et que votre dossier sera déclassé ? Avec ça, peut-on vous prendre au sérieux par exemple ?

Dans un Etat de droit véritable, notre dossier passe !

 

Sans la caution ?

Oui, sans la caution. Dans un Etat de droit véritable, notre dossier passe. Et c’est ce que vous ne voulez pas chercher à comprendre ! Parce qu’on ne vous dit absolument rien sur la question. Et c’est en ça que nous ne sommes pas comme les autres. Laurent Bado est juriste et a jugé que la caution de 25 millions, c’est trop. Il a pourtant accepté que Barry (Ndlr. Tahirou Barry du PAREN) se présente, en payant les 25 millions. Sékou Touré a dit que quand un homme refuse, il dit non. Actuellement, c’est clair : on n’est pas dans un Etat de droit, puisqu’il faut nécessairement payer pour être candidat.

 

Vous dites que nous ne sommes pas dans un Etat de droit, mais vous déposez tout de même votre candidature. Quel paradoxe !

Depuis hier, j’en ai été convaincu, quand le Conseil constitutionnel m’a notifié la décision. J’étais prêt à faire une réclamation, mais à lire la notification, j’ai été convaincu que nous ne sommes pas dans une démocratie. C’est comme quelqu’un qui veut jouer au football, qui s’amène sur le terrain et qui constate qu’au lieu des règles du football, ce sont celles du basket-ball qui sont appliquées.

 

Depuis qu’il y a des élections au Burkina Faso, il y a la caution ! Pourquoi c’est seulement aujourd’hui que vous vous rendez compte qu’elle est antidémocratique ?

Je pense que vous avez besoin de plus d’explications. Parce que les questions que vous posez vont encore enfoncer le peuple. Il y a la ploutocratie et la démocratie. En ploutocratie, ce sont des gens qui ont l’argent qui peuvent faire de la politique. En démocratie, tous ceux qui ont une certaine valeur et une certaine connaissance de la politique sont concernés. Quand on doit payer de l’argent pour faire de la politique, c’est de la ploutocratie. Il faudrait que vous puissiez expliquer cela aux lecteurs.

 

Vous ne voulez donc pas entendre parler de la caution ?

Oui, mais pas de ce montant.

 

Vous pensez à combien ?

Il ne s’agit pas de penser à combien…

 

Un chiffre ferait pourtant bien l’affaire, d’autant que vous dites que c’est trop.

C’est devenu de l’inquisition ou quoi ?

 

On voudrait que vous alliez jusqu’au bout de votre logique pour «expliquer cela aux lecteurs»

Mais ce n’est pas de cette manière que vous allez poser la question ! Je ne suis pas au tribunal à ce que je sache ! Je suis un politicien, je dis 25 millions c’est trop ! Et c’est de la ploutocratie !

 

Mais vous pensez à combien ?

Que les politiciens viennent à moi et je vais le leur expliquer.

 

Les lecteurs ne vont donc pas profiter de vos lumières ?

Non mais… Parce que vous ne faites pas l’effort de donner l’explication aux gens. Je ne sais pas si vous parlez pour le compte d’autres personnes. Vous utilisez des expressions comme « d’aucuns pensent »…

 

Quand nous disons d’aucuns pensent, nous voulons signifier que nous ne faisons pas forcément partie de cette opinion.

Si vous n’êtes pas dedans, je ne vous répondrai pas.

 

Passons alors. Quelle suite allez-vous maintenant donner à ce rejet de votre candidature ?

Une réclamation se fait dans un Etat de droit. Ce qui n’est pas le cas ici. Aujourd’hui, le Conseil constitutionnel a prouvé qu’il est un bureau politique du Conseil national de transition. Je n’ai donc rien à dire encore. Ce n’est pas du droit qui a été dit. Vous êtes prompt à poser des questions, mais vous n’êtes pas prêt à aller en profondeur pour comprendre. Depuis longtemps, je cherche à avoir des gens qui viendront à un panel afin qu’on discute de la chose. Moi, je suis un constitutionnaliste. Je veux que vous posiez cette question à des juristes, à des spécialistes du droit constitutionnel de savoir si le droit a été dit. Moi je dis non.

 

Mais la caution est reconnue par la loi électorale !

Quelle loi ? C’est une décision inconstitutionnelle. Je croyais que vous êtes venus pour m’interviewer afin que les gens puissent comprendre ! Mais si vous êtes venus pour défendre une position indéfendable, je suis désolé. C’est une décision inconstitutionnelle. Le Conseil constitutionnel à qui j’ai demandé refuse de se prononcer ! Et vous, vous venez me dire que c’est consacré par une loi. Même si elle est consacrée par le code électoral, il s’agit d’une décision inconstitutionnelle ! C’est ce que je veux vous faire comprendre ! Monsieur le journaliste, essayez de comprendre !

 

Ok ! Nous allons essayer.

Ne forcez pas sur quelque chose qui n’est pas vrai !

 

Vous cherchez généralement la petite bête. D’où vous vient ce pointillisme juridique ?

Je fais la politique avec ce que je sais des textes et des normes. Et jusqu’à présent, personne ne peut me contester cela. Vous auriez été un juriste que je pourrais comprendre. Mais que des gens qui n’ont pas lu la Constitution tiennent à débattre avec moi !... J’ai invité tous les juristes et spécialistes du droit constitutionnel à un débat dans ce sens, mais sans succès. Et c’est vous qui pensez que vous en êtes capable ! C’est pour cela que c’est souvent énervant.

 

Un politicien, ça doit avoir de la retenue quand même !

L’erreur est humaine. Je pensais que vous étiez dans l’erreur et je voulais vous corriger. Mais apparemment ce n’est pas le cas. Et c’est diabolique ! Si vous persistez sur des choses que vous aviez dites en 2005, c’est que vous n’avez pas évolué !

 

On peut continuer, Monsieur Dicko ?

Oui, vous pouvez continuer.

 

Après ce rejet de votre candidature, quels sont vos projets pour 2015 ?

L’obstacle n’étant pas levé, nous allons continuer à lutter autrement.

 

Allez-vous soutenir un candidat ?

Non. Pas du tout !

 

Pourquoi ?

Nous avons dit qu’au premier tour, un parti ne peut pas soutenir un autre. Si nous participons à la campagne, c’est pour appeler à voter nul. Depuis 2005, nous avons conseillé de prévoir une case blanche sur le bulletin de vote pour marquer l’abstention, afin que le bulletin ne soit pas nul. Ce qui ne fut pas le cas. Ce qui revient à dire que nous allons demander à ceux qui veulent nous soutenir de voter nul…

 

Entretien réalisé par

Issa K. Barry

L'Observateur paalga

 


Quand la « sorcière » oublie…

 

L’entretien s’est déroulé dans la salle de séjour de l’hôte des lieux, qui nous a accueilli en imperméable, pluie oblige, qu’il a ensuite troqué contre un boubou de prière pour les besoins de la séance photo. Une fois que nous nous sommes installé, l’accueil n’a pas été celui habituellement réservé aux journalistes, ce mélange de fascination et de méfiance. Harouna Dicko n’oublie pas les journalistes à qui il a eu affaire, surtout ceux qui n’ont pas été très tendres avec lui. Le président du RPN a en effet méthodiquement photocopié et relié tous les articles le concernant. L’équipe de reportage l’a appris à ses dépens, quand il a sorti de vieilles livraisons des journaux, à commencer par le premier article écrit sur lui dans L’Observateur, qui avait été pondu… par l’intervieweur lui-même, au titre combien évocateur : «Quel drôle de candidat !». Le comble était que celui qui en était l’auteur avait même oublié ce papier, encore moins que c’était le premier consacré à Harouna Dicko quand il avait décidé de tâter de la politique. Comme le dit bien un adage de chez nous, la sorcière oublie toujours, mais pas la mère de l’enfant, jamais. Après avoir tourné des pages de son botin, il a marqué un arrêt sur une livraison de l’Opinion cette fois-ci, où il était question de cet «illustre inconnu qui est sorti du buisson» pour être candidat à la magistrature suprême. Malgré ce petit couac à l’accueil, rendons tout de même à Harouna ce qui est à Harouna : sa franchise. Le fait déjà de photocopier, de relier et de conserver jalousement tous les articles le concernant est à louer. Ceux qui l’ont déjà égratigné dans un de leurs papiers sont prévenus.

 

Issa K. Barry

Mise à jour le Vendredi, 04 Septembre 2015 09:03
 

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