Sommet de l’Union africaine : Les trois victoires d’Addis PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Jeudi, 02 Février 2017 08:56

Pendant qu’ils attendaient l’élection tant espérée de Minata Samaté/Cessouma au poste de commissaire aux Affaires politiques de l’Union africaine, les membres de la délégation burkinabè présents à Addis-Ababa, dans le cadre du 28e Sommet de l’Union africaine, se réjouissaient déjà de deux victoires engrangées par le Burkina Faso : celle des Etalons, jeudi dernier contre la Tunisie, et celle, le même jour, de Pascal Bamouni comme membre du Conseil de l’UA chargé de la lutte contre la corruption. Eh bien, tous les vœux ont été comblés, peut-on ainsi dire avec l’élection, depuis le lundi 30 janvier 2017, à ce portefeuille de notre compatriote.

La scène est assez plaisante pour ne pas être évoquée. Dans l’après-midi de samedi dernier, à l’Inter Continental Addis Hôtel, des membres de la délégation burkinabè, dont des journalistes, ont eu le privilège d’assister avec le président du Faso au match nous opposant à la Tunisie. Pour la cause, la salle de séjour de l’illustre hôtel accueillant s’est muée en gradins de terrain de football où le langage fleuri est mis hors-jeu, faisant place aux félicitations et soupirs de désolation. Au premier but d’Aristide Bancé, les cris de joie des téléspectateurs firent résonner les murs de la suite présidentielle et s’étendirent jusqu’au rez-de-chaussée. Restait plus qu’un second but pour clouer au pilori l’équipe d’en face. «On va marquer dans cinq minutes», a soudain prédit le chef de l’Etat, avec un certain cran, avant de s’éclipser pour revenir deux minutes après. Il regarda sa montre et insista : «Dans deux minutes ils vont marquer ». Est-il allé téléphoner au joueur Préjuce Nacoulma. Toujours est-il que comme par miracle, ce dernier a marqué et ce fut l’apothéose dans la salle. La promesse faite par le premier supporter des Etalons d’organiser un cocktail le lendemain, en cas de victoire de l’équipe nationale, sera donc tenue.

 

C’est dire que le séjour au pays d’Haïlé Sélassié s’annonçait sous de bons auspices, un optimisme renforcé surtout par l’élection de notre compatriote Pascal Bamouni au très délicat Conseil de l’Union africaine de lutte contre la corruption, le jour même de notre arrivée. L’heureux élu était précédemment directeur de la Politique criminelle et du Sceau au sein du ministère de la Justice. Le bouquet final aura été l’élection de notre compatriote Minata Samaté/Cessouma au poste de commissaire aux Affaires politiques de l’Union. Le vote était prévu à huis-clos, dans l’après-midi du 30 janvier 2017. Des personnalités et pas des moindres briguaient le même poste. Elle avait face à elle un Angolais, un Camerounais, un Soudanais, une Zimbabwéenne et une Djiboutienne. Des profils qui ne semblaient pas ébranler notre candidate qui ne s’était pas départie de son sourire habituel.

 

Maroc : le retour de l’enfant prodigue

Le vote a démarré aussitôt après la cérémonie officielle d’ouverture du sommet dans salle attenante à la salle de conférences. L’attente s’est faite assez longue. Des youyous de dames venues d’ailleurs pour un compatriote qui a obtenu un poste réveillaient de leur torpeur les membres de la délégation burkinabè. Aux environs de 17 heures, des Burkinabè qui étaient dans les secrets des dieux accourent, tout sourire. Notre candidate vient de l’emporter. L’émotion était à son paroxysme. L’on n’attendait plus que la gagnante pour la congratuler. C’est le pied de grue devant les escaliers pour ne rien rater de l’apparition de la star du jour. Et stupeur ! L’on apprend que le vote a été annulé parce qu’une tricherie d’un votant a été mise à jour (lire encadré 2). Il faut tout reprendre. C’est encore l’attente, avec cette fois-ci une certaine pression dans les poitrines burkinabè. Vivement que l’exploit de notre compatriote soit réédité. Telle était la prière sécrète de tout un chacun. Heureusement que les dieux étaient avec nous. Le profil de notre compatriote a une fois de plus séduit les votants.

Les bonnes nouvelles, il n’y en avait pas que pour le Burkina à ce 28e Sommet. Au niveau africain, il y eut l’élection du nouveau président de l’Union africaine, en la personne du précédemment ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, en remplacement de la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. L’année dernière, lors de la 27e session à Kigali, aucun candidat à ce poste n’avait pu obtenir la majorité des deux tiers des voix requises. Cette fois-ci, l’union sacrée a été au rendez-vous. Et que dire de l’admission du Maroc au sein de l’Union ? Le Royaume chérifien avait en effet claqué la porte suite à l’admission de la République arabe sahraoui démocratique en 1984. Avec pareil retour, tous les cœurs étaient à l’unisson et, en guise de gros cadeau offert à l’UA, le roi du Maroc en personne s’est déplacé à la cérémonie officielle de clôture. Il y a prononcé un discours qui s’assimile à celui du retour de l’enfant prodigue : « Je rentre chez moi et suis heureux de vous retrouver. Notre retrait a été nécessaire. Il a permis de savoir comment l’Afrique manque au Maroc et combien le Maroc a manqué à l’Afrique ». La réconciliation familiale a été ainsi célébrée par des applaudissements nourris suscités par les chefs d’Etat présents dans la salle.

 

Issa K. Barry


Propos d’intervenants

 

La traditionnelle cérémonie officielle d’ouverture du 28e sommet de l’Union africaine a eu lieu comme d’habitude au Nelson Mandela Conference Hall. A cérémonie importante, discours nombreux et fleuves, peut-on constater. Ce sommet n’a pas dérogé à la tradition, avec quelques sorties remarquées.

 

Un grand ban pour la CEDEAO

Avec son intervention en Gambie pour restaurer la vérité des urnes, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été vivement applaudie, surtout quand la présidente sortante de l’UA, le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, a invité à la tribune Helen Johnson Searleef du Liberia, présidente en exercice de la CEDEAO. Après lui avoir remis un tableau en guise de cadeau, elle lui a déclaré : « Nous voulons par ce geste exprimer notre profonde gratitude à la CEDEAO qui fait la fierté de tous. Vous avez été aux côtés de la Gambie. Nous sommes fiers que cela soit fait sous votre leadership. J’espère que nous allons tous suivre l’exemple de la CEDEAO, qui a prouvé à souhait que l’unité fait la force ».

 

Mahmoud Abbas prêche pour… sa mosquée

Invité d’honneur, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne a, comme il fallait s’y attendre, abordé les séculaires relations délétères entre le territoire palestinien et Israël, tout en plaidant pour un soutien constant de l’Afrique : «Merci pour vos efforts à nous débarrasser de l’occupant israélien. La solution à deux Etats avec Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine se trouve menacée devant Israël qui continue de créer des colonies de peuplement. Israël essaie toujours d’avoir des relations avec les Etats africains. Je vous exhorte à rester fidèles à vos positions.

 

Guterres aime beaucoup l’Afrique

Le nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Manuel de Oliveira Guterres s’est entiché de l’Afrique au point qu’il a promis être présent à tout sommet de l’Union, avec, cerise sur le gâteau, une rencontre avec les chefs d’Etat. «C’est l’Afrique qui fournit le plus gros du contingent des Nations unies. La plus généreuse, elle accueille plus de réfugiés. J’attends de collaborer étroitement avec le nouveau remplaçant de Madame Zuma».

 

Déby ne sait-il pas prononcer « o » ?

Après avoir remis le maillet, symbole du pouvoir, à son remplaçant Alpha Condé, Idriss Déby Itno a fait son bilan d’une année au poste de président en exercice de l’Union africaine. Il a ainsi énuméré les tentatives de résolutions des crises dans les foyers de tension, les activités en vue de contenir la poussée du radicalisme et de l’extrémisme, s’est félicité des revers importants de groupes comme Boko Haram, de la création d’un fonds sur le terrorisme et de la taxe sur l’importation au profit de l’UA, «pour la rendre autonome» et du lancement officiel du passeport africain. Le petit couac, c’est quand il a solennellement félicité le nouveau président gambien, l’affublant du nom d’« Adama Barroi ».

 


La tricherie mauritanienne… démasquée

 

La délégation burkinabè et sa communauté vivant à Addis-Abeba ont eu des sueurs froides suite à la décision de reprise des élections, y compris celle des commissaires de l’UA. Et tout cela par l’attitude innommable de la partie mauritanienne. En effet, selon le règlement de l’Union africaine, chaque Etat a droit à une voix, en l’occurrence celle d’un ministre. Ayant certainement constaté l’absence d’un votant de Sao-Tomé et Principe, une Mauritanienne s’est présentée comme la représentante de ce pays. En parfaite complicité avec son ministre, elle donnait ainsi la voix d’un autre pays à qui elle voulait. A l’issue des votes, la supercherie a été découverte d’où l’annulation des votes. Le ministre mauritanien est passé aux aveux et, toute honte bue, a décidé du retrait de la candidature de sa compatriote dans une autre élection. Certes, pareille attitude de hauts représentants d’un pays laisse songeur. L’on peut néanmoins se demander si l’UA n’a pas fait preuve de négligence ou d’amateurisme dans cette affaire. Comment quelqu’un peut-il se prévaloir d’une autre nationalité pour voter sans être débusqué avant coup ? A défaut d’un mandat pour voter, ne pourrait-on pas, à tout le moins, vérifier les identités au préalable ?

 


Vers un retour du contingent au Darfour

 

Beaucoup se demandent quelle pourrait être la nature des relations entre notre pays et le Soudan, oubliant peut-être que dans ce pays qui semble lointain, vit une forte communauté burkinabè. D’aucuns expliquent cette situation par le fait qu’à une époque où l’avion était moyen de déplacement rare, pour ne pas dire inexistant, beaucoup passaient par le Soudan pour effectuer leur pèlerinage à la Mecque, souvent à pieds ! Le président Roch Marc Christian Kaboré n’a cependant pas rencontré son homologue du Soudan, Omar el Béchir, pour parler histoire, mais d’un sujet qui est plus d’actualité : le retour prochain (au plus tard juillet 2017, selon les promesses des Nations unies) du contingent burkinabè au Darfour. Et le ministre des Affaires étrangères du Burkina, Alpha Barry, reconnaît que l’urgence sécuritaire le commande. « Nous avons une grosse pression intérieure avec les différentes attaques que nous vivons. Nous avons trois bataillons au Burkina et avons jugé opportun de faire revenir celui du Darfour qui compte 850 hommes. Pour celui qui est au Mali, nous avons estimé qu’il se charge directement de la sécurité du Burkina, étant donné que nos problèmes sécuritaires sont intimement liés.

 

L'Observateur paalga

Mise à jour le Jeudi, 02 Février 2017 09:02
 

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