Loi sur l’exclusion aux elections: «Vous ne pouvez pas poursuivre Roch au même titre que ceux qui sont restés dans leur entêtement !» (Michel Kafando, président du Faso) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par RFI   
Jeudi, 04 Juin 2015 07:25

Quel avenir pour le RSP, le régiment de sécurité présidentielle, ancien corps d'élite de Blaise Compaoré ? Quelle justice pour les victimes de l'insurrection d'octobre dernier ? A l'occasion de son premier déplacement officiel en France, Michel Kafando, le président de la Transition burkinabè, a été l’invité de Radio France Internationale (RFI) du mercredi 3 juin 2015. Un entretien que nous avons repris sur le site web de RFI et que nous vous proposons in extenso.

Monsieur le président, en février dernier vous aviez mis sur pied une commission chargée de réfléchir au rôle futur du RSP, l’ancienne Garde présidentielle de Blaise Compaoré. Cette commission a rendu ses conclusions mi-avril. Quelles sont les recommandations formulées par les auteurs de ce rapport ?

Vous avez raison, j’ai reçu le rapport ! Mais vous me permettrez de ne pas trop en parler parce que jusqu’à présent je n’en ai pas communiqué la teneur aux Burkinabè.

 

Pour quelles raisons est-ce que ces conclusions sont encore tenues secrètes ?

Ces conclusions ne sont pas tenues secrètes ! Le rapport doit être aussi examiné au niveau gouvernemental et nous avons eu un programme tellement chargé que je me suis donné un certain temps. Parce qu’il s’agit quand même d’un rapport extrêmement important !

 

Pourquoi avoir confié la tête de cette commission au général Diendéré ? Est-ce qu’en tant qu’ex-numéro un du RSP, chef d’état-major particulier de l’ancien président, il n’est pas à la fois juge et partie ?

Ça c’est une question interne à l’armée ! Moi, je sais que le jour où j’ai confié la mission à l’armée, c’était au chef d’état-major général. C’est probablement à la suite de concertations entre eux que la tâche a été confiée au général Diendéré. Je sais qu’il est juge et partie, comme vous le dites, mais enfin, ça c’est une question qui relève de l’armée.

 

Et, à titre personnel, vous ne craignez pas que cela décrédibilise un peu les recommandations qui vont sortir ?

On ne peut pas dire à l’avance ce qui va se passer ! Mais moi je me dis que, fondamentalement, la nature de la mission confiée au RSP va changer, probablement aussi la dénomination. A partir de là, peut-être que les gens pourront comprendre qu’il s’agit tout de même d’une question fondamentale. Il faut qu’on accorde nos violons pour que les conclusions soient acceptées par tout le monde. Parce que je dois le dire très très franchement, la question de la dissolution intégrale pourrait ne pas être la bonne solution.

 

Pour quelle raison ?

On a mis beaucoup d’argent pour former ce corps d’élite qui participe aussi à la formation des militaires ! Et tout un ensemble de considérations qu’il faut prendre quand même en compte.

 

Est-ce qu’aujourd’hui sur ce dossier vous subissez à nouveau des pressions ?

Non, je crois qu’il n’y a plus de pressions parce que j’ai été assez clair avec les officiers de l’armée. Donc depuis, nous n’avons plus vu véritablement de mouvement du côté de ce régiment-là.

 

Le nouveau Code électoral qui exclut des élections les personnes qui ont soutenu le projet de modification constitutionnelle a essuyé quelques critiques. Que répondez-vous à ceux qui estiment que ce code est contraire à l’esprit de la Transition parce qu’il est non inclusif ?

On ne peut tolérer que ceux qui ont été vaincus par une insurrection et par une révolution, qui ont été la cause de ces changements violents, de la mort de plusieurs jeunes, puissent allègrement revenir à la faveur d’élections. Nous avons même été tolérants parce que nous l’avons dit : ces personnes, on ne peut pas les admettre, mais c’est juste le temps de la Transition ; elles pourront revenir dans cinq ans.

Le CDP, qui est l’ancien parti du président déchu, qui s’exprime toujours en toute liberté, va même participer aux compétitions électorales. Mais à ceux qui ont été cause de l’insurrection, qui se sont obstinés le peuple dit : il n’est pas question qu’ils veuillent prétendre revenir à la surface aussi tôt et aussi allègrement.

 

Pourquoi ne pas laisser la sanction venir par les urnes ?

A partir du moment où l’insurrection a imposé un amendement au corps électoral qui exclut [ceux qui ont soutenu le projet de modification de l'article 37 de la Constitution, NDLR], on ne le peut pas ! C’est une sanction qu’il faut qu’ils acceptent. Parce que je peux citer des cas historiques où des régimes qui sont tombés, on ne les a plus revus. Surtout pas aux élections !

 

Concrètement qui va décider que qui a soutenu le projet de réforme constitutionnelle ?

Ce sera de la compétence du Conseil constitutionnel. Au Burkina tout le monde se connaît : on a vu des gens dans des conférences, péremptoirement déclarer que de toutes les façons qu’on le veuille ou pas, ce texte passera devant l’Assemblée. Donc il y a beaucoup de choses qu’on connaît. Le Conseil constitutionnel, dans sa sagesse, examinera chaque dossier et dira quels sont ceux qui sont éligibles et ceux dont on ne pourra pas accepter la candidature. Ce n’est pas systématique.

 

Et si on prend par exemple des gens qui étaient à l’origine de cette volonté de réforme constitutionnelle, comme Roch Marc Christian Kaboré qui a ensuite quitté le parti, est-ce que ces gens-là vont être frappés par cette impossibilité de se présenter ?

Monsieur Roch Marc Christian Kaboré était membre du CDP. Il en était même le président. Et à partir du moment où quelque huit mois avant, il a changé de camp en reconnaissant qu’il avait commis une erreur, vous ne pouvez pas le poursuivre au même titre que ceux qui sont restés dans leur entêtement !

 

Récemment au cours d’une cérémonie d’hommage aux victimes de l’insurrection, vous avez promis que justice leur serait rendue. Que voulez-vous dire aux familles qui se demandent pourquoi les enquêtes n’ont pas débuté ?

Nous sommes en train de faire des investigations, et vous savez qu’en la matière ce n’est pas facile ! Ce ne sont pas des gens qu’on a vus comme ça, directement tirer sur les jeunes ! C’est une situation confuse. Mais si au bout des investigations nous arrivons à identifier tous ceux qui ont fait usage de leurs armes pour tirer sur des jeunes, ces personnes devront répondre de leurs actes. Vous avez vu que le dossier Thomas Sankara a pris 28 ans. C’est vous dire qu’en la matière ce n’est jamais facile de trouver une solution immédiate.

 

A propos de Thomas Sankara, en novembre dernier votre Premier ministre avait estimé que Blaise Compaoré était au minimum une pièce importante dans ce dossier. Est-ce votre ligne également, monsieur le président ?

Madame, je ne peux rien vous dire là-dessus ! Ce que je sais ; on a exhumé en tout cas un corps dans la tombe du président Thomas Sankara. Le gouvernement a fait un effort pour que cette question-là soit résolue. Nous sommes en train d’attendre les expertises. Maintenant, qui est coupable et qui ne l’est pas ? Franchement, ce n’est pas à nous de le déterminer.

 

Source RFI

 

Mise à jour le Jeudi, 04 Juin 2015 07:55
 

Suivez-nous sur Facebook

Suivez-nous sur Twitter

Dans le monde

Contactez Fasopresse

 

Pour des requêtes d’informations ou des besoins d’insertions publicitaires, vous pouvez nous joindre en envoyant un mail à l’adresse suivante :

E-mail: info@fasopresse.net