Les RSS : Un monstre tricéphale ou une bonne trinité diesel ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Jeudi, 06 Juillet 2017 09:20

L’un des lieux communs où se vautrent nombre d’analystes de la scène politique burkinabè, c’est de voir un tricéphalisme ambigu dans la gouvernance du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), l’actuel parti majoritaire, et donc du Burkina. Un tricéphalisme inopérant qui aurait conduit le pays dans l’immobilisme et qui pourrait dériver à vau-l’eau, si rien n’est fait urgemment pour redresser la barre.

Roch Marc Christian Kaboré  serait donc un président indolent qui s’en laisserait conter par son cabinet et plus encore par Salif Diallo et Simon Compaoré. L’un des derniers faits en date,  c’est la composition du bureau exécutif national du parti au sortir de son deuxième congrès ordinaire tenu les 10, 11 et 12 mars 2017. Salif Diallo y aurait placé ses hommes à tous les postes stratégiques, de la présidence à la trésorerie en passant par les postes de secrétaire général et de secrétaire à la communication.

 

Cette supposée mollesse (le comble pour un … Roc) du président Roch se ressentirait jusqu’au niveau des organisations de la société civile qui l’accusent d’avoir transformé le fauteuil présidentiel en un banc où ils sont assis à trois. Le Burkina aurait donc trois présidents et non pas un, celui qui a été élu le 29 novembre 2015. N’exagérons rien.

Roch a beau avoir ses rondeurs et être réputé arrondir les angles dans un rire fourni et gras, ce n’est pas un Ponce Pilate qui se lave les mains devant les dossiers difficiles. On l’a vu dans celui compliqué du mandat d’arrêt  international contre le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Petit à petit mais résolument, il a travaillé par des approches successives à ramener des relations sereines avec le pays d’Houphouët-Boigny à défaut d’une nouvelle lune de miel entre Ouagadougou et Yamoussoukro.

Il est vrai qu’une seule hirondelle ne fait pas le printemps et  au-delà du seul cas ivoirien, Roch Marc Christian Kaboré devrait faire montre de plus de leadership pour que la diplomatie burkinabè retrouve son lustre d’antan. Sa dernière visite en Allemagne où Angela Merkel lui a déroulé le tapis rouge devait y contribuer sans oublier la visite remarquée du président sortant de l’Assemblée nationale française au Burkina, encore qu’Emmanuel Macron, le nouveau locataire de l’Elysée, ait récemment montré ses préférences pour Yamoussoukro, Dakar et Rabat. Ouagadougou attendra.

Mais revenons à nos moutons pour dire qu’au-delà des lieux communs, les RSS se « disputent » de manière civilisée le contrôle de l’appareil d’Etat. On est même tenté de dire qu’ils s’entendent comme trois larrons en foire, ou plutôt, comme une bonne trinité sur terre ; pour l’instant en tout cas.

En effet, à en croire le président de l’Assemblée nationale dans l’interview qu’il a accordée à votre quotidien L’Observateur Paalga (Cf. n°9318 du 10 mars 2017) , il ne faut pas confondre l’expression de la démocratie interne au parti à du tricéphalisme. Pour Salifou  Diallo, « nous vivons la démocratie en notre sein et un large éventail de camarades concourent à la vie du MPP … le président a une équipe gouvernementale de travail, il en a une de  camarades au plan politique. Dans ce cadre, il nous informe, mais… il n’y a qu’un seul capitaine dans le navire, c’est le président Roch Kaboré… »

On ne peut être plus clair. Le président de l’Assemblée nationale, que plus d’un Burkinabè considère comme l’éminence grise du MPP, met les points sur les i à propos de ses relations avec le président du Faso. En tant que camarade de parti, Salifou Diallo entend bien être consulté sur les décisions qui engagent  l’avenir du pays, mais la prise des actes exécutoires, en dernier ressort, appartient au président Roch Kaboré.  C’est même la solitude intrinsèque à la fonction suprême qui le veut.

On voit d’ici l’hilarité de ceux qui balaient du revers de la main ce scénario officiel «à l’eau de rose», présenté sous son meilleur jour par Gorba qui nie donc sa propension à en imposer au président du Faso qui, à contrario, n’en ferait qu’à sa tête. Si Salifou Diallo a raison, et c’est dans l’intérêt de la gouvernance MPP et du Burkina qu’il ait raison, les RSS, il faut le redire, formeraient alors une bonne trinité et non un hideux monstre tricéphale avec un Roch Kaboré qui, comme un modèle diesel, est lent à prendre sa vitesse de croisière.

Il est vrai que le Burkina est un vaste chantier où tout ou presque est prioritaire et l’hydre djihadiste, l’activisme syndical n’aident pas le gouvernement dans ses tâches. L’impatience des Burkinabè se comprend. Elle est à la mesure de la folle espérance suscitée par l’insurrection populaire et l’alternance politique. Les RSS doivent le savoir et bannir de leur langage, leur gouvernance, toute attitude centrifuge de leur unité d’action et de l’unité nationale tout court. C’est dire à quel point on les attend à l’aune du challenge de la réconciliation entre eux et de celle de tout le pays.

 

Zéphirin KPODA

L'Observateur paalga

Mise à jour le Jeudi, 06 Juillet 2017 09:27
 

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