L’infertilité : Ça ne concerne pas que les femmes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Jeudi, 30 Mars 2017 09:10

Dans l’Afrique d’autrefois, en cas d’infertilité dans un couple, la responsabilité était tout de suite jetée sur la femme. De nos jours, la science a permis de démontrer que les causes de cette affection peuvent également être masculines et même mixtes. Malheureusement, cette vérité n’a pas encore été acceptée de tous. C’est pourquoi nous avons rencontré un spécialiste de renom, le Pr Charlemagne Ouédraogo, pour parler de l’infertilité masculine qui, d’ailleurs, est beaucoup plus répandue qu’on ne l’imagine. Lisez plutôt !

De manière générale, comment définiriez-vous la stérilité ?

C’est l’incapacité définitive pour un couple ou une personne de concevoir. Mais avant d’en arriver à la stérilité, il y a l’infertilité, et l’hypofertilité qui représentent l’ensemble des difficultés qu’éprouve une personne ou un couple à procréer. C’est-à-dire que l’ensemble des paramètres normaux qui réglementent la fertilité sont en dessous des normes. Et lorsque ces paramètres sont néants, on entre dans le cadre de la stérilité. Ainsi, lorsqu’un couple observe un rythme normal de rapports sexuels (régulièrement espacés trois fois par semaine) et que malgré cela il n’a pu concevoir au bout de deux ans on parlera de couple stérile. Ce sont les explorations clinique et para clinique qui apporteront la preuve et permettront de rechercher les facteurs en cause. Lorsque l’on emploie ce terme stérilité, cela signifie que le problème est définitif naturellement.

 

Et qu’est-ce que l’infertilité masculine ?

L’infertilité ou hypofertilité masculine, c’est la réduction de l’aptitude de l’homme à procréer. Mais quand on parle de stérilité masculine, c’est l’incapacité définitive pour l’homme de procréer.

 

Quelles en sont les causes ?

Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cela : d’abord, la qualité de la semence masculine, qui peut être affectée à plusieurs niveaux et à divers degrés. Il peut s’agir du nombre de spermatozoïdes qui peuvent être très insuffisants (par millilitre il faut avoir 20 à 40 millions de spermatozoïdes, en deçà on entre dans la situation des difficultés). L’un des examens à réaliser, c’est le spermogramme qui permet d’analyser la qualité de la semence. Cette étape est très importante dans l’exploration de l’homme qui a des difficultés à procréer, car les résultats vont qualifier le degré de l’anomalie.

 

On entend souvent parler de causes infectieuses et génétiques, qu’en est-il réellement ?

Ces facteurs-là peuvent expliquer pourquoi le spermogramme n’est pas de bonne qualité ou insuffisant. Lorsqu’on aborde les causes infectieuses, les plus connues sont les séquelles des infections sexuellement transmissibles parmi lesquelles on compte la blennorragie (encore  appelée gonococcie). Il y a aussi des infections bactériennes qui peuvent être source d’hypofertilité masculine, car elles vont obstruer le passage des spermatozoïdes qui sont fabriqués au niveau des testicules et empêcher ainsi qu’ils se retrouvent dans l’éjaculat. Lorsque les canaux spermatiques sont de tailles réduites, le passage des spermatozoïdes devient difficile et diminué, ils se retrouvent donc en nombre très insuffisant dans l’éjaculat. Conséquence, l’homme est hypofertile. Quant aux causes génétiques, elles sont héréditaires et liées à des facteurs chromosomiques qui font qu’à un moment donné l’homme a des difficultés à procréer. Cela veut dire qu’il est né avec des anomalies chromosomiques qui empêchent la réalisation d’une bonne spermatogenèse (processus de production des spermatozoïdes).

Il y a des causes traumatiques (quelqu’un qui reçoit un ballon sur ses testicules par exemple), on cite également les facteurs environnementaux comme la chaleur (la température du testicule est inférieure à celle du corps, il doit être protégé de toute situation qui crée de la chaleur comme le port de sous-vêtements sérés, le travail dans un environnement clos à température élevée), l’utilisation sans protection des pesticides, la pollution alimentaire (les huiles contenant du gossipol, une substance qui détruit la fertilité masculine).

 

Pour un homme qui va en consultation pour un problème d’infertilité, le spermogramme est-il le seul examen à faire ?

Non, il faut également faire des prises de sang pour savoir si son système hormonal est correct. On doit discuter avec lui pour savoir s’il n’a pas de trouble de l’érection qui empêche les relations sexuelles. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu, mais le spermogramme reste un examen clé parmi tous ceux qui pourraient être réalisés pour diagnostiquer le problème.

 

Si on prend l’exemple d’un couple qui n’arrive pas à procréer et l’homme refuse de se rendre en consultation avec sa femme, quelle solution peut se présenter à cette dernière ?

Ça déjà c’est un frein à la résolution du problème. On demande toujours que ce soit le couple qui rencontre le prestataire et non une seule personne, car il faut les interroger tous les deux, les examiner, faire une synthèse et s’orienter vers des examens pour mieux comprendre. Si l’homme n’y participe pas, la prise en charge ne pourra pas aboutir. Mais si malgré tout on veut comprendre ce qui se passe dans sa spermatogenèse, on peut réaliser un examen appelé testpost coïtal  de Hunher, un examen qui se fait après les rapports sexuels en période fertile de la femme. C’est-à-dire qu’après l’acte sexuel, elle se rend dans un laboratoire pour faire prélever l’éjaculat déposé par son conjoint dans son vagin.  Avec les analyses, on peut voir si le liquide comporte des spermatozoïdes et quel est leur comportement dans la glaire cervicale.

 

Est-ce qu’il vous arrive de recevoir des hommes en consultation pour ce problème ?

Régulièrement, à chaque consultation nous recevons des hommes. Ce n’est pas tout le monde qui refuse. Il y a des hommes conscients qui viennent, soit  seuls, quelques fois directement avec leurs conjointes. Et nous les félicitons.


Pouvez-vous nous donner des chiffres sur le nombre d’hommes affectés ?

On ne peut pas facilement chiffrer cela, mais, à travers nos consultations, on peut dire que les cas de stérilité masculine sont très considérables. Avant, la société jetait l’opprobre sur la femme. De nos jours, c’est différent, c’est kif-kif, les responsabilités sont partagées.

 

Cela veut-il aussi dire que les causes de cette infertilité peuvent être mixtes, les deux ne sont peut-être pas compatibles ?

Pas qu’ils ne soient pas compatibles, mais que chacun ait un problème. Et cela fait que les difficultés à procréer pour le couple augmentent. Exemple : une femme qui a une trompe bouchée et un homme qui a très peu de spermatozoïdes, ça fait une association difficile qui nécessite une prise en charge encore plus complexe.

 

Et en quoi consiste la prise en charge dans le cas de l’homme ?

Ça peut être l’insémination avec son sperme ou celui d’un donneur anonyme, la fécondation in vitro, ou même l’adoption. Mais il faut aussi savoir que quand un couple se met ensemble pour chercher un enfant, la médecine leur demande 18 à 24 mois de vie commune avec trois rapports régulièrement espacés par semaine. Au terme de cela, s’il n’y a pas eu de grossesse, on peut commencer maintenant à parler d’infertilité, d’hypofertilité ou de stérilité. Tant que ce délai épidémiologique d’exposition n’est pas respecté, on ne peut pas dire qu’il y a un problème.

 

Parlez-nous du coût et de la durée du traitement.

C’est très variable car tout dépend du problème mis en cause. Mais retenez que ça peut aller du simple conseil que l’on donne à la somme de 2 000 000 de francs CFA et plus.

 

Sans prise en charge rapide, le problème peut-il s’aggraver ?

Oui, le patient peut commencer par l’hypofertilité jusqu’à devenir complètement stérile. Au départ les spermatozoïdes sont réduits et après il n’y a plus rien. Et ce n’est pas toujours qu’on en retrouve les causes. Il y a des moments où on ne peut pas lui expliquer pourquoi c’est ainsi ou peut-être que les moyens dont on dispose ne permettent pas de comprendre. Ce n’est pas rare, c’est même fréquent.

 

Mais est ce que le traitement marche à tous les coups ?

D’abord il faut dire que tous les traitements ne s’appliquent pas à tout le monde. Celui qui a un problème infectieux, on peut lui donner un traitement anti-infectieux par exemple. Mais retenez que, dans la plupart des cas, il n’y a pas de médicament pour corriger les troubles de la spermatogenèse.

 

Une personne qui a déjà eu un enfant peut-elle par la suite avoir des problèmes d’infertilité ?

Absolument. Il se pourrait que le monsieur ait eu un trouble sur son spermogramme sans s’en rendre compte. Il n’y a pas de signe.

 

Des conseils ?

Je conseille aux couples qui veulent un enfant de faire une démarche commune. Quand c’est individuel, ça réduit leur chance et augmente le délai d’attente ; ensuite il faut traiter les infections génitales avec beaucoup de rigueur, car elles peuvent engendrer l’infertilité et même la stérilité. Il faut une alimentation saine, que les hommes fassent en sorte d’épargner les testicules de la chaleur (il ne faut pas dormir avec des culottes serrées) et que les femmes aident leur mari à libérer les testicules.

 

Propos recueillis par Zalissa Soré


 

Son mari refuse d’admettre son infertilité, elle le quitte et se remarie

Permettez-nous de vous raconter l’histoire de cette jeune femme que nous appellerons Sally. A peine âgée de vingt ans, elle rencontre celui qu’elle pense être le prince charmant. Alors naïve et innocente, elle croit à ses belles paroles et malgré les mises en garde de sa famille,  la jouvencelle s’évade de la maison le soir pour aller voir cet homme relativement plus âgé qu’elle. Craignant donc que leur fille tombe enceinte, la famille finit par célébrer leur mariage. Tous espèrent alors voir survenir cette grossesse qu’ils redoutaient tant. Hélas, un an, deux ans, trois, quatre… finalement plus de huit années sont passées et la jeune femme n’a jamais pu connaître ce bonheur-là.  «Quand je me rendais en consultation, les médecins demandaient mon mari, on me prescrivait des examens pour nous deux, mais quand je lui en parlais, c’est à peine s’il me regardait ou m’écoutait. Dans cette histoire, j’étais seule à me battre. Lui, il ne voulait même pas aborder le sujet», relate la trentenaire. Et selon ce qu’on nous en avons compris, celui-ci se dérobait même quand la famille le convoquait. Lassée de tout cela et convaincue de sa capacité à féconder, Sally va finir par quitter son homme pour se remettre avec un autre. «On aurait pu trouver une solution s’il avait accepté sa situation», déclare la jeune femme heureuse de savoir que dans quelques mois à peine, elle va mettre au monde un bébé.

L'Observateur paalga

Mise à jour le Jeudi, 30 Mars 2017 09:43
 

Suivez-nous sur Facebook

Suivez-nous sur Twitter

Dans le monde

Contactez Fasopresse

 

Pour des requêtes d’informations ou des besoins d’insertions publicitaires, vous pouvez nous joindre en envoyant un mail à l’adresse suivante :

E-mail: info@fasopresse.net