Incendie du Palais de justice de Bobo : «Les gens n’ont pas tiré des leçons de Koudougou» (Maurice Nikièma, procureur général) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Jeudi, 12 Février 2015 07:14

Plus de trois mois après l’insurrection populaire au Burkina, certaines localités peinent toujours à effacer les stigmates des folles journées qui ont été préjudiciables à ces édifices publics. Lesquels ont fait les frais de la furia des manifestants. C’est le cas du palais de justice de Bobo-Dioulasso qui a été pillé, saccagé et incendié. Et depuis, les activités judiciaires n’ont pratiquement plus cours dans une ville où les justiciables ne savent véritablement plus à quel saint ou plutôt à quelle institution judiciaire se vouer.

Au palais de justice de Bobo, le spectacle, à l’heure actuelle, est tout simplement désolant : des véhicules réduits par les flammes en des amas de ferrailles, des portes et fenêtres de bureaux et de salles d’audiences défoncées. Du matériel de bureau (ordinateurs, tables, chaises, armoires, unités centrales, etc.) endommagé et abandonné dans une cour presque déserte avec ces feuilles mortes qui jonchent la devanture des bâtiments. Tout comme si la vie avait cessé d’exister dans cet édifice, qui pourtant ne désemplissait pas avec ces incessants mouvements quotidiens des justiciables. Et c’est dans ce climat de morosité que nous serons invités à prendre place sous un arbre où sont disposées une table, quelques chaises, un poste téléviseur, une imprimante, etc. En somme un bureau à ciel ouvert où quelques agents assurent une permanence, accueillent ou orientent les éventuels visiteurs comme ce fut notre cas ce mardi en milieu de matinée. Et c’est à l’ombre d’un manguier que le procureur général près la Cour d’Appel de Bobo, Maurice Nikiéma, se prêtera à nos questions.

 

Trois mois déjà que le palais de justice de Bobo est non opérationnel. Faut-il s’inquiéter ?

Le sort de ce palais a été débattu en Conseil supérieur de la magistrature. La reprise ne saurait tarder. A l’heure actuelle, nous sommes en train de recenser tous les dossiers existants par rapport aux détenus. On fait la part des choses et nous envisageons très prochainement une reprise des activités. Mais sachez déjà que nous avons une rencontre jeudi (l’interview a été réalisée mardi) avec madame la ministre de la Justice. Nous allons aborder avec elle toutes ces questions. Mais comme je l’ai dit plus haut, la reprise ne saurait tarder.

 

Qu’en est-il alors de la délivrance de certains actes comme les casiers judiciaires ou les certificats de nationalité ?

Quand je parle de reprise, c’est par rapport à tout cela. Aussi bien la délivrance des jugements que la délivrance des actes d’état civil et autres. Nous allons bientôt reprendre nos activités et nous verrons comment faire pour répondre aux sollicitations des justiciables.

Est-ce à dire que depuis le mois d’octobre, aucun acte n’a été délivré ?

Bien sûr que oui. On ne peut rien faire ici. Voyez l’état dans lequel se trouve le palais. Tout est parti en fumée. Parce qu’il faut au moins un minimum pour que nous puissions véritablement reprendre nos activités. Il faut d’abord des bâtiments et ensuite le matériel de bureau. Il faut aussi les ouvrages, les robes, etc., la reprise des activités est liée à tout cela.


Pourtant il était question de la délocalisation des services. Qu’en est-il alors ?

On a même trouvé des bâtiments, mais seulement les procédures sont longues. Parce qu’il faut signer des contrats avec les propriétaires de ces immeubles. Il y a le ministère de la Justice, celui de l’Economie et des Finances et celui des Infrastructures qui sont tous impliqués dans cette procédure. On attend de finaliser les contrats avant d’entrer en possession des clés. Vous voyez que la reprise ne dépend pas uniquement de nous.

 

Quelles peuvent être les conséquences de cet arrêt de travail au palais de justice de Bobo ?

Du point de vue humain, il y a des personnes qui attendent depuis en prison et qui n’ont toujours pas été jugées. Du point de vue financier, les pertes sont énormes. Les conséquences se ressentent à tous les niveaux. C’est pour dire que la reprise ne sera pas de tout repos pour nous. Surtout que nous avons perdu d’importants dossiers dans l’incendie et que nous nous devons de reconstituer.

 

Qu’en est-il de ces détenus dont les jugements ont été rendus et qui purgeaient leur peine ?

Nous allons faire l’état des dossiers disponibles. C’est un peu difficile parce que nous ne sommes pas dans un système où tout est informatisé. C’est un gros problème. On ne peut pas aussi procéder encore à l’audition des témoins pour reconstituer les dossiers. La loi prévoit toujours quelque chose en pareille circonstance. Donc là où il n’y a pas de dossier, on verra ce qu’on peut faire pour eux par rapport à la loi afin de décider de leur sort.

 

Les justiciables à Bobo commencent à s’impatienter. Avez-vous déjà enregistré des manifestations de colère ?

C’est normal qu’ils soient en colère et même s’ils le manifestent c’est de bon droit étant donné que ce n’est pas nous qui avons volontairement mis le feu aux bâtiments. Donc, on ne peut pas nous en vouloir. Nous-mêmes nous aurions pu manifester notre colère parce que nous avons perdu d’importants biens personnels. Certains magistrats mettront du temps à se remettre de cet incendie. Sur le plan moral, les gens en souffrent beaucoup.

 

Bientôt les états généraux de la justice. Quelles sont vos attentes ?

On verra ce que ça va donner. J’espère que les débats seront francs et fructueux parce qu’on a toujours l’impression que la justice est la principale coupable de tout ce qui arrive. Nous organisons souvent des journées portes ouvertes mais les gens ne viennent pas pour comprendre le fonctionnement de la justice. Avec ces états généraux, on verra ce que les gens pensent de la justice et nous aurons aussi l’occasion de leur dire ce que nous faisons.

 

Et pour conclure.

Nous comprenons la douleur de la population bobolaise avec l’arrêt de nos activités, mais elle n’a qu’à prendre son mal en patience. Cela va d’ailleurs servir de leçon à tout le monde. Dorénavant, personne ne va s’en prendre à la Justice. Je ne peux pas comprendre que des gens acceptent de venir mettre le feu à une institution comme le palais de justice. C’est inexplicable. Les gens à Bobo n’ont pas tiré de leçons de ce qui s’est passé à Koudougou. Lorsque le palais a été incendié là-bas, on a réparti les compétences. Certains habitants étaient obligés d’aller jusqu’à Gaoua pour établir leurs actes. Cela faisait des coûts supplémentaires avec tous les risques du voyage. Je pense que prochainement, les gens vont épargner certains édifices publics pour sauvegarder l’intérêt général.

Jonas Apollinaire Kaboré

L'Observateur paalga

Mise à jour le Jeudi, 12 Février 2015 07:32
 

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