Tango negro, les origines africaines du tango de Dom Pedro : Le chromosome nègre du tango ! Imprimer
Écrit par L'Observateur paalga   
Jeudi, 19 Mars 2015 07:54

Ce documentaire  de 93 minutes de l’Angolais Dom Pedro part sur les traces du tango des origines pour montrer la part négro-africaine de cette musique emblématique de l’Argentine. Affirmer que le tango est d’origine nègre paraît, de prime abord, saugrenu tant cette danse est emblématique de l’Argentine. Même les plus grands écrivains argentins comme José Cortezar, Ernest Sabato ou Luis Borgès, qui  ont évoqué cette musique dans leurs œuvres, n’en ont jamais mentionné l’ascendance africaine. Et puis on visionne ce film et on se rend compte que ce pays n’a pas été aussi monocolore que l’on veut le faire croire.

L’œuvre nous embarque dans un long voyage musical et historique entre Paris, Buenos Aires en Argentine, et Montevideo en Uruguay. Une remontée vers les racines du tango. Elle donne la parole à des musicologues, des chercheurs et des musiciens qui affirment l’origine nègre de cette danse.

 

On découvre effectivement que l’Argentine a reçu une forte colonie d’Africains  déportés sur son sol par la traite négrière. Ainsi en 1830, un tiers de la population de Buenos Aires était noire et certaines villes étaient à 50% peuplées de Noirs. Ces populations, majoritairement venues de l’Afrique centrale et de culture bantou, vont y apporter leur musique. Mais elle va disparaître peu à peu, exterminée dans les guerres ou dissoute dans le métissage. C’est à partir de 1852 qu’il y a une réécriture de l’histoire pour effacer l’apport culturel de la communauté négro-africaine. Une forte émigration blanche composée d’Italiens et de Juifs va apporter leur culture au tango et occulter son essence nègre.

Ce documentaire est servi par de belles images. Il y a des moments de vrai cinéma qui happent le spectateur et le fait entrer dans l’histoire. Comme quand les couples dansent le tango et que la caméra suit les arabesques des corps, restituant la fluidité, la légèreté et la beauté des mouvements qui oscillent entre l’étreinte amoureuse et la tauromachie. Et lorsque, passant d’Argentine en Uruguay, on a une belle séquence d’un vol d’oiseaux migrateurs qui s’étirent dans le ciel au-dessus de l’océan avant de disparaissent derrière les premières maisons de Montevideo, on a là une belle métaphore de l’arrivée des Noirs dans ce pays.  On aurait aimé que Dom Pedro se servît plus de ces moments de poésie que des longues interviews. En somme, qu’il y mît plus de  poésie et moins de ratiocinations. Mais son propos se voulant scientifique, il a préféré le laïus des éminences.

Ce choix-là a pour conséquence de tirer le documentaire en longueur et  le cinéphile s’ennuie fort après une heure. Surtout, on ne comprend pas pourquoi le film nous embarque pour l’Uruguay, car la question de l’essence nègre du tango est  argentine. En Uruguay, le débat n’a pas lieu.

Tango Negro a une certaine résonance avec le  roman  Le Chanteur de tango de Toma Eloy Martinez, qui raconte l’histoire d’un étudiant américain qui part sur les traces du tango en suivant  Julio Martel, un infirme qui n’a jamais enregistré ses chanson et qui chante dans des lieux improbables de Buenos Aires pour ressusciter une histoire douloureuse de l’Argentine faite d’assassinats politiques et de dénis. Tango Negro aussi ressuscite l’histoire douloureuse et méconnue des Négro-Africains d’Argentine en allant sur les lieux qui portent les traces de cette existence. Grâce à ce documentaire, on écoutera le tango autrement. Comme la première world-music, une fusion entre musiques noire, italienne et  juive.

 

Saïdou Alcény Barry
L'Observateur paalga

Mise à jour le Jeudi, 19 Mars 2015 08:06