Attaques terroristes : Une fiction pour conjurer la réalité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Mercredi, 17 Mai 2017 01:58

L’attaque du 15 janvier 2016 du Splendid hotel et du restaurant Cappuccino reste encore dans toutes les têtes. Comment réagir si un établissement hôtelier était à nouveau pris pour cible ? Les forces de défense et de sécurité seront-elles prêtes ? Pour le savoir, le ministère de la Sécurité a organisé hier un exercice de simulation de deux attaques terroristes, l’une sur les ruines de l’hôtel Azalaï et l’autre à Gounghin, à l’ex-hôtel Rayis.

C’est bien connu que le propre de l’attaque djihadiste est la surprise. On ne sait pas si c’est pour garder une part de réalité dans la fiction, mais dans le communiqué du ministère de la Sécurité annonçant un exercice de simulation de deux attaques terroristes à l’hôtel Azalaï et à l’ex-hôtel Rayis le 16 mai 2017, il n’y était pas fait mention de l’heure. Sans plus de précisions, nous avons fait le pied de grue une bonne partie de la matinée aux alentours du premier établissement hôtelier, guettant le moindre mouvement des forces de défense. Du côté des commerçants riverains, ils ne sont pas plus avancés. « On nous a dit qu’on va juste entendre des coups de feu sans dire à quelle heure », explique une gérante de kiosque qui n’est pas préoccupée outre mesure. Comme elle, la vie suivait son cours normal aux alentours d’Azalaï qui se trouve, on le sait, en plein cœur de Ouagadougou et de surcroît dans la zone très fréquentée des ministères. En fin de matinée, la réalisation du film conçu par les ‘’sécurocrates’’ va pourtant bouleverser tout ce petit monde.

 

Et voici le scénario tel que nous l’avons imaginé car les hommes de médias n’ont pas été associés à ces exercices. «Aux environs de 11h, alors que certains client se prélassaient aux bords de la piscine et que d’autres venaient de finir leur grasse matinée, trois individus lourdement armés ont réussi à forcer la barrière de sécurité de l’hôtel et ont commencé à tirer sur le tas, visant en particulier les expatriés. Les trois terroristes finissent par se retrancher dans une pièce du bâtiment avec des otages. Alertées, les forces de défense et de sécurité avec en pointe l’unité anti-terroriste de la gendarmerie et un blindé arrivent sur les lieux en une dizaine de minutes ». Hier, ce scenario a joué de sales tours aux riverains de l’hôtel Azalaï puisque pour les besoins de l’exercice, la zone a été bouclée par les pandores.

Toutes les rues ceinturant l’hôtel ont été barrées contraignant les usagers à prendre des déviations qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Des embouteillages monstres s’étaient en effet créés partout au centre-ville. « Les véhicules roulaient pare-chocs contre pare-chocs. Personne n’osait respecter le code de la route sous peine d’être victime d’un accident », témoigne un automobiliste. Et un autre d’ajouter qu’il a fait trente minutes sur un trajet qui lui en prenait habituellement cinq. Les usagers des services et commerces qui se trouvent dans la zone de sécurité ont été pris dans un piège. Ceux qui se sont absentés quelques temps ne pouvaient plus y retourner. Une dame au niveau du ministère de l’Environnement supplie un pandore de lui permettre d’aller chercher son fils à l’école, une autre de l’autoriser à récupérer ses affaires restées dans sa boutique.

A toutes ces requêtes, le gendarme est resté de marbre. « Personne ne passe même à pied. Et si on sort on ne rentre plus », s’est-il tout simplement contenté de répéter. Face à ces refus la colère a commencé à monter dans la petite foule qui s’était rassemblée autour de lui. « C’est pas normal. Si c’est ça, il fallait dire aux gens de ne pas venir au boulot aujourd’hui », lance un homme qui ne peut plus rejoindre son bureau. Et un autre visiblement plus remonté d’ajouter : « Si les djihadistes veulent, ils n’ont qu’à venir nous tuer tous ! ». « Vos chefs-là ne sont pas intelligents. Pourquoi faire ça au centre-ville ? Allez-y à Ouaga 2000 ! »

 

« C’est le prix à payer »

De l’autre côté de la ville, à Gounghin sur la route nationale n°1, une autre simulation avait lieu mais avec cette fois à la manœuvre des unités de la police (CRS et UIP). Là c’est l’ex-hôtel Rayis qui a été pris pour cible presqu’au même moment qu’Azalaï. Ici aussi les usagers notamment les cars en partance pour Bobo-Dioulasso ont été contraints de bifurquer dans les 6m pour pouvoir poursuivre leur chemin. Si les désagréments causés par ces simulations sont indéniables, certains citoyens estiment eux, que c’est le prix à payer pour permettre aux forces de défense de s’améliorer et d’être plus réactives en cas de réelles attaques.

En attendant la réalité, on ne le souhaite pas, « ces deux simulations ont été un franc succès puisque qu’à Rayis comme à Azalaï, les assaillants ont été neutralisés et les otages libérés. A Gounghin, un des terroristes a même été abattu grâce à un tir d’un sniper en civil ». Aux environs de 13h 30, les bruits des armes ont cessé et la scène du crime était délimitée avec la célèbre bande jaune de la police scientifique. A notre passage, les experts étaient d’ailleurs en train de prélever des indices sur le bitume pour permettre de faire avancer l’enquête et remonter peut-être jusqu’aux commanditaires de ces crimes…

 

Hugues Richard Sama


Les maîtres ont-ils eu peur ?

 

Les élèves de l’école primaire Déogracias à Gounghin étaient en classe aux alentours de 11h lorsque les premiers coups de feu ont raisonné. Selon Isaac Bounkoungou, les enfants n’ont, en ce moment-là, marqué aucun signe d’inquiétude. Ce qui n’est pas le cas de leurs enseignants qui se sont précipités hors des salles pour savoir ce qui se passait. Rassurés, ils sont retournés auprès de leurs chérubins qui, on l’imagine, espiègles qu’ils sont, ont dû se souffler : « le maître a eu peur ! ». Des mômes qui loin d’être impressionnés par le déploiement policiers à hauteur de leur école semblaient s’en amuser même. A la reprise des cours dans l’après-midi. M. Bonkoungou avait même du mal à les faire retourner en classe. Devant leur porte, ils prévenaient les usagers que la route était bloquée un peu plus loin et indiquaient le chemin à suivre, toujours le ton amusé.

 

H. R.S.

L'Observateur paalga

Mise à jour le Mercredi, 17 Mai 2017 02:00
 

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Sidwaya

 

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