Jacques-Louis Colombani: «Le Burkina n’est pas spécifiquement vulnérable au terrorisme» PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Sidwaya   
Mercredi, 06 Septembre 2017 05:13

Spécialiste en lutte contre la piraterie et la délinquance  financière sur Internet,  l’avocat  et criminologue français,  Jacques-Louis Colombani,  est auteur de plusieurs ouvrages. De passage à Ouagadougou,  courant août  2017,  il s’est entretenu avec Sidwaya sur son  dernier livre «Cyberespace et terrorisme», et de la lutte contre les  terroristes  au Burkina  Faso et  dans le monde.

Sidwaya (S.) : Quels liens entretenez-vous  avec le Burkina  Faso ?

 

Jacques-Louis Colombani (J.L.C.) : Mes liens avec le Burkina sont des liens d’amitié avec diverses familles que je connais de longue date. J’ai séjourné plusieurs fois au Burkina Faso, et j’ai même conduit un voyage humanitaire dans la province du Sourou, en 2000, quand j’étais plus jeune. Ce déplacement a  donné lieu à la construction de forages, d’un collège, d’un dispensaire et autres infrastructures. Et je me réjouis de retourner régulièrement  sur place  pour  mesurer l’impact  de ces réalisations sociales.

 

S. : Votre dernier ouvrage, publié en 2016, s’intitule «Cyberespace et terrorisme».  Pouvez-vous nous  éclairer  sur  la thématique traitée ?

J.L.C. : Dans mes recherches, je me suis rendu compte qu’Internet pouvait servir de moyen pour commettre des infractions, et  partant, aider les terroristes dans leurs basses besognes.  Ils peuvent  utiliser ce canal  pour capter mentalement les esprits ou faire de la propagande en jouant  sur les croyances.  Ils  peuvent se servir de l’informatique pour faire voler des drones, dérailler des trains ou couper des systèmes connectés à distance.  J’ai  considéré que l’utilisation d’Internet comme outil de guérilla était un sujet  intéressant,  tel que  abordé dans mon livre.  J’essaie d’expliquer ce mécanisme, son mode de fonctionnement, tout  en m’intéressant à la prévention.

 

S. : Peut-on empêcher les terroristes d’utiliser  Internet  pour atteindre leurs funestes desseins ?

J.L.C. : Oui, c’est  possible. Cela peut se faire par l’éducation des internautes, à travers l’action des entités en charge de la cyberguerre ou de la lutte contre la cybercriminalité et par la promotion de la règlementation relative à l’usage d’Internet.   Il faut expliquer aux populations que   tout  ce qui se dit sur Internet  n’est  pas crédible   et  que  les terroristes sont des hors-la-loi qui ne méritent aucun  soutien.

 

S. : Depuis plus d’un an, le Burkina  Faso est la cible d’attaques terroristes à répétition.  Pourquoi ce pays, jadis paisible, est-il devenu vulnérable, selon vous ?

J.L.C. : Je ne pense pas que le Burkina  Faso soit devenu spécifiquement  plus vulnérable plus qu’un autre pays. Sur l’échelle du monde, on ne peut pas  dire qu’un Etat est plus  visé que d’autres.  Il y a eu des attaques un peu partout sur la planète, en  Europe, en Afrique, etc.  A partir du moment où il fait  bon vivre quelque part, on a l’impression que cela ennuie les terroristes. C’est une conception qui leur appartient  et  qui est  loin de  cadrer   avec  les règles de   l’humanité.

 

S. : D’aucuns estiment  que la récurrence des attaques terroristes au «pays des Hommes intègres» peut  trouver réponse dans la chute du Président  Blaise Compaoré, dont on disait être proche des milieux djihadistes…

J.L.C. : Je n’ai pas d’avis là-dessus.  C’est une question de politique intérieure qu’il ne m’appartient pas de commenter.

 

S. : Ouagadougou, la capitale burkinabè, a été frappée à deux reprises en l’espace d’un semestre.  Certains  citoyens pointent du doigt les défaillances des services de renseignements.   Leur position est-elle défendable ?

J.L.C. : On a plus besoin  de se serrer les coudes que de se donner de mauvais rôles.  Il y a le même débat en France. C’est facile d’accuser les services de renseignements.   On ne peut pas mettre un agent secret  derrière chaque individu.   Si on  «bunkérise»  l’avenue des Champs-Elysées à Paris, les terrorismes  iront  taper ailleurs.  C’est une guerre asymétrique.

 

S. : Peut-on combattre le terrorisme en misant uniquement sur le renseignement comme le prétendent certains analystes ?

J.L.C. : Le renseignement doit permette aux politiques de disposer d’un certain nombre d’informations.  Mais  après, c’est aux politiques de prendre des mesures.

En France, on a des plans qui se mettent en place dans les quartiers, les banlieues,  des numéros verts sont mis en place pour  aider à la dénonciation des personnes radicalisées, etc.

Du renseignement à  la lutte, il y a toute une chaine.  Et de ce point de vue-là, je pense que le renseignement est un élément incontournable, mais pas le seul moyen de lutte.

 

S. : Que faut-il faire pour lutter efficacement  contre le terrorisme dans le monde?

J.L.C. : A mon avis, il faut coordonner les moyens de lutte et intensifier  la coopération entre Etats, pour espérer gagner  le combat  contre le  terrorisme. Il n’y a pas d’autres solutions.

 

Interview réalisée par

Kader Patrick KARANTAO

Sidwaya

Mise à jour le Mercredi, 06 Septembre 2017 05:25
 

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