Football : L’Afrique, championne d’Europe PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Mardi, 12 Juillet 2016 10:02

Que n’avait-on pas dit de cette équipe nationale du Portugal ? Qu’elle produisait un football poussif, peu académique. Qu’elle avait aligné les matches nuls dans son groupe et n’était jamais parvenue à faire la différence pendant le temps réglementaire si ce n’est contre le Pays de Galles en demi-finales. Qu’elle était trop Ronaldo-dépendante et que c’est à la surprise générale qu’elle s’était retrouvée en finale. Et pourtant, c’est bien cette Séléçao tant décriée qui a remporté le dimanche 10 juillet 2016, sa première coupe d’Europe des nations dans le temps additionnel face à la France que de nombreux pronostics voyaient vainqueur.

 

Les tricolores ont-ils été lessivés par leur demi-finale épique contre leur ennemi juré allemand au point de n’avoir plus eu de jus pour le bouquet final ? Quelque part, c’est un juste retour de bâton, car autant le capitaine Hugo Lloris et ses camarades ne méritaient pas jeudi dernier de battre une Bundesmanschaft hyperdominatrice, autant pour l’ultime rencontre du tournoi ils ont tout de suite pris le jeu à leur compte sans jamais trouver la faille d’une muraille rouge bien regroupée autour de Pepe. C’est ça l’incertitude inhérente au ballon rond et qui fait aussi sa beauté car un match n’est jamais gagné (ou perdu) d’avance.

Certes Didier Deschamps était l’un des rares entraîneurs, sinon le seul, à ne pas avoir d’équipe-type, donnant ainsi l’impression de naviguer à vue ; certes il changeait constamment de système de jeu au point de donner le tournis à ses protégés ; certes il maintenait contre tout bon sens sa confiance à Evra, son latéral gauche (malgré ses lacunes criardes), comme si sa doublure, Lucas Digne, n’était pas digne… de confiance. Mais on aurait tort de clouer DD au pilori, lui qui a manqué de peu d’arracher son Graal (remporter la coupe comme joueur et comme entraîneur), car ce qui a fait défaut à ses poulains, c’est ce petit rien qui fait la grande différence. Appelez-le comme vous voulez : lucidité, réalisme, baraka. Ce genre de partie se jouant souvent sur des détails, sans doute la sortie sur blessure dès la 8e minute du messie CR7 a-t-elle pu paradoxalement libérer ses partenaires et souder davantage puis l’amener à se surpasser un groupe que ce fait de jeu aurait pu briser moralement. L’alchimie du sélectionneur Fernando Santos, ingénieur en télécommunications dans une autre vie et qui aura su trouver les bonnes ondes, a fait le reste pour permettre à son équipe de se hisser sur la plus haute marche du podium européen.

Vous avez dit européen ? A dire vrai, c’est à bien des égards l’Afrique qui a été sacrée championne… d’Europe, tant le noir était la couleur dominante sur le terrain, notamment du côté des...tricolores. Des « tirailleurs sénégalais » Evra et Sagna au p’tit bleu Camerounais en passant par le Guinéen Pogba, le Congolais Matuidi, le Malien Sissoko ou encore l’Antillais Payet, il faut avouer que ces bleus étaient bien foncés. Au total la moitié des 23 sélectionnés de Deschamps étaient dans ce cas.

Rien d’extraordinaire en fait à cela tant nos ancêtres, les Gaulois, ont toujours eu leur «garde noire» ou spahis maghrébins. Du gorgui Raoul Diagne ou du Marocain Larbi Ben Barek dans les années 50 à Umtiti aujourd’hui, combien sont-ils ces Nègres bon teint, qu’ils soient d’origine africaine ou des DOM-TOM, ou ces Beurs, souvent nés là-bas, à avoir enfilé la tunique bleue ? Marius Trésor, Gérard Janvion, Jacques Zimako, Jean Amadou Tigana, José Touré, Basile Boli, Amara Simba, Marcel Dessailly, Lilian Thuram, Patrick Vieira, Ibrahima Ba, Zoumana Camara, Sydney Govou, Djibril Cissé, Jean-Alain Boumssong, Alou Diarra, Lassana Diarra, Mandanda, Zinedine Zidane, Hatem Ben Arfa, Karim Benzema (recalé à cet Euro pour cause de sextape) et nous en oublions, ils sont des dizaines et des dizaines à avoir donné au ballon rond tricolore ses plus belles lettres de noblesse. N’est-ce pas Basile Boli qui a offert à la France en 1993 son unique Ligue des champions à ce jour avec Marseille ?

C’est le fruit de l’histoire, celle de l’ancien empire coloniale français qui fait que ce moteur hybride marche au carburant blanc-black-beur. Et ce n’est pas un hasard si les sélections d’autres grands empires coloniaux tels l’Angleterre ou les Pays-Bas (souvenons-nous des Davids, Seedorf, Kluivert, Guillit…) ou, justement le Portugal, sont toutes aussi colorées. Avant le jeune prodige Renato Sanchez, l’une des révélations de ce tournoi, les Nani, Joao Mario, William Carvalho, Eliseu, il y eut en effet les Mario Coluna, Matateu, Jordao… et un certain Eusebio, cette « Panthère noire » natif de Lourenço Marques considéré comme le meilleur joueur portugais de tous les temps. Et c’est le Bissau-Guinéen Eder qui a offert au Portugal son premier titre continental au bout de la nuit.

Grand paradoxe cependant, l’Afrique avait beau avoir nombre de ses fils sur le rectangle vert, ils étaient nombreux sur le continent, en tout cas au Burkina, qui ne voulaient pas voir les tricolores, même en peinture. Il n’y avait qu’à suivre les matchs dans les vidéos clubs et les maquis pour s’en convaincre. Qu’importe si le meilleur Français dimanche soir s’appelle Sissoko, au-delà des qualités footballistiques intrinsèques des athlètes, c’est l’ancien et le néo-colon que beaucoup voient ; celui qui, aux yeux des Africains, nous exploite depuis des siècles, nous empêche de nous développer et qui, après nous avoir essorés, nous empêche aujourd’hui d’accéder à son territoire, nous humiliant dans ses consulats pour l’obtention des visas tout en ayant le nez suffisamment long pour mieux le tremper dans nos affaires. De la même manière qu’au plus fort de la crise ivoirienne, nombre de nos compatriotes, nonobstant le talent de la génération Drogba et nos millions de Pawéto au pays d’Houphouët, ne voulaient pas sentir les Eléphants.

Comme quoi, la politique n’est jamais loin du sport. Ici comme là-bas d’ailleurs. Marion Maréchal Le Pen n’a-t-elle pas lâché ce week-end que cette équipe de France est moins « racailleuse » que les précédentes ? Elle a de qui tenir la blondinette facho, son oncle Jean-Marie brocardant régulièrement cette formation trop bigarrée à son goût , notamment celle de 1998 dans laquelle «on a mis un Algérien pour faire plaisir aux Arabes, un Kanak qui ne veut même pas chanter la Marseillaise et des Noirs pour satisfaire les Antillais». Il n’est pas jusqu’au philosophe Alain Finkelkraut qui n’ait raillé un jour dans le quotidien israélien Haaret’z «cette équipe black-black-black qui fait la risée de l’Europe». Et que dire du bien nommé… Blanc (Laurent NDLR) et son affaire des quotas ? Autant dire qu’on n’a pas fini d’entendre parler de cette «particularité» bien gauloise qui empoisonne, hélas, le vivre-ensemble hexagonal

 

Ousseni Ilboudo

L'Observateur paalga

Mise à jour le Mardi, 12 Juillet 2016 10:11
 

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